Ça n’est pas fini ! Slam par Cocteau Mot Lotov

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Lors de notre rassemblement du 22 septembre dernier, nous  avons eu la chance d’accueillir, Cocteau Mot Lotov, slameur de talent (La Tribut du verbe), qui à sa manière a fait un bilan de la journée en slam !

Écrire et slamer un texte le jour même, c’est le défi relevé haut la main, par cet expert des mots.

On vous propose de (re)lire ce texte ici.
Ce texte est libre de droit et peut « circuler » librement … sauf par autoroute (penser bien à citer l’auteur !)

Ça n’est pas fini

Le message du jour est : ça n’est pas fini !
Tout continue
Comme il y a 28 ans, comme au début

Ça n’est pas fini
L’autoroute est mise en doute
mais n’est pas foutue

Ça n’est pas fini
Dans les coulisses,
il y a les lobbys qui persistent
Dans les cabinets,
il y a Vinci qui insiste
Eux ils n’ont pas fini
C’est pour cela que nous,
c’est important d’être ici

Ça n’est pas fini
Parce que sur le bureau de la Ministre
au milieu de toute une pile
de grands projets couteux et inutiles
Au milieu du bordel du bureau de Borne
Au milieu de tous ces papiers
qui n’attendent qu’une signature pour se transformer en émission de carbone
Au milieu de ces liasses assassines
Il y a le décret de l’A45
qui attend, patiemment, qu’on le signe
Ô monde indigne !
Ça n’est pas fini
Pas de paix tant que court la D.U.P.
Tout continue

Alors ça n’est pas fini
Même si l’espoir est revenu, l’A45 n’est pas arrêtée
Même si ça n’est plus une priorité, elle n’est pas arrêtée
Même si ça discute d’un plan B
Un plan B dont le préfet préfère discuter
en petit comité avec les hautes autorités
en laissant les opposants de côté
les laissant sur leur coteau
réfléchir sur les territoires et les mobilités
relocaliser les activités, radicaliser la biodiversité
et dessiner ce nouvel avenir qui arrivera bientôt
dans un immense orgasme sous le chapiteau !
Alors ne partez pas

Ça n’est pas fini
De Mornant hier à aujourd’hui La Talaudière
Les citoyens se mobilisent
alors que les sols et l’intelligence s’artificialisent
et ce n’est pas le numérique qui sauvera la mise
qui nous sortira de la mouise
quand la nature sera fatiguée des ressources qu’on épuise

Ça n’est pas fini
car on ne fait toujours qu’aller plus vite
en dépassant les limites
et que le quotidien ressemble à une course-poursuite
Le matin, le Français se lève en roulant
va au centre commercial acheter sa baguette bien cuite
et le monde va ainsi s’écroulant
(parodie chanson de Guy Béart)
Et l’homme en chantant
en chantant tue les champs
Tout le temps ses chantiers
ses chantiers tuent les champs
Y a Vinci, y a Vinci qui attend
de poser, de poser son ruban

Ça n’est pas fini
Il y a tant, il y a tant de problèmes
Le territoire attend attend tant de gens
La campagne vit sous pression urbaine
et la hausse démographique entraine
mécaniquement l’augmentation de nos trafics en chaine

Ça n’est pas fini
Restons rebelles
car le futur aura forcément besoin d’infrastructures
et qu’il faut définir lesquelles
entre déplacement doux et développement dur
Avance-t-on vers ce qui libère ou ce qui capture ?
Est-ce qu’on va vers le vert ou on remet le plein d’essence dans la voiture ?
Grandes exploitations ou polyculture ?
Béton bagnole bitume ou navette nacelle nature ?
Péage ou paysage ?
Il va bien falloir qu’on avance mais qui va déterminer la cadence ?
Autoroute à double sens ou piste cyclable ouverte aux cinq sens ?

Ça n’est pas fini
Il faut continuer de peser
Parce qu’on est à ce moment où se décide de quel côté va pencher la balance
Est-ce qu’on vit en démocratie ?
Je ne sais pas mais ce qui est sur
c’est que c’est à nous de faire que la démocratie soit en vie

C’est pour cela que ça n’est pas fini
Parce que la machine est lancée
à pleine vitesse sur chaque parcelle de ce monde
En France, 27 mètres carré de sols arables détruits à chaque seconde
Pas loin d’ici, peut-être bientôt l’île de la Table ronde
À la vitesse de 110 000 hectares par an
la machine va de l’avant
et ne laisse que de la poussière dans le vent
C’est l’extrême mobilité qu’il faut remettre en cause
au lieu d’accompagner le mouvement

Et le mouvement n’est pas fini
Il y a une guerre pour le sol
entre résidentiel et agricole
Il y a une guerre pour l’activité économique
entre villes moyennes et Métropoles
Il y a une guerre écologique
Entre les espaces naturels et les bagnoles
Entre l’atmosphère et les bagnoles
Entre les espèces menacées et les bagnoles
Entre Collomb l’empereur de Lyon et les… Guignols

La lutte n’est pas finie
L’A45 coute un pognon de dingue
mais les dingues du pognon n’aiment pas qu’on leur dise non

Mais nous on fait non et ce n’est pas fini !
On dit basta, on dit assez
pour toutes les espèces menacées
Le triton cendré, le busard crêté
la cordulie à corps fin
la coronelle girondine, le muscardin
les agriculteurs, les agricultrices
les pattes blanches de l’écrevisse
et le plus important, le clitoris (dédicace à Vulvet Underground)

On regarde autour de nous
On voit dans quelle société nous roulons
Du coup on se demande quel territoire nous voulons
Comment évacuer ce sentiment de naufrage où nous coulons ?
Comment sortir du système où nous nous moulons ?
Tout semble cadenassé, comment desserrer les boulons ?

Ça n’est pas fini
On se demande quelle société nous voulons
car nous ne repoussons pas plus loin ce que nous ne voulons pas ici
Quel territoire ?
Si tout était noir, si tout était vert
Garder espoir, l’avenir reste ouvert
Le territoire pour qu’il vive il faut l’irriguer de mille initiatives
Câble, vélos, trains, transports en commun en un tissage magnétique
qui mettrait un peu de muscle sur un réseau squelettique
Il faut l’irriguer de mille alternatives
Petites exploitations à foison contre agriculture industrielle et intensive
Il faut l’irriguer de toutes les tentatives
Rassembler en une grande force collective
Et se tenir prêt si les bulldozers arrivent

Ça n’est pas fini,
il faut finir le boulot
Nous n’allons pas donner notre démission comme Hulot
Naturalistes, géographes, paysans, militants, citoyens
Face au court-terme
soyons capables de voir plus loin
C’est pour nos fermes
et pour toute cette enfance
qui fera de demain un jour de chance
L’A45 est un contre-sens
Alors regroupons-nous, Loire, Rhône, tout le territoire
Et face à elle formons une grande bande
Une grande bande d’arrêt d’urgence.

Cocteau Mot Lotov (La Tribut du verbe)

 

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