Entretien avec Maurice Fisch, président de la Sauvegarde des coteaux du Lyonnais

« 790 millions d’euros de cadeau à Vinci »

Maurice FISCH, co-Président de l’association de Sauvegarde des Coteaux du Lyonnais (SCL), décrypte pour nous les enjeux liés à ce projet d’autoroute.

 

Ce projet date de 30 ans. Pourquoi est-il ressorti des cartons ?

Les premières traces de ce projet remontent même à 1935 ! Mais il n’est véritablement lancé qu’en 1993. L’instruction a suivi son cours, et la Déclaration d’Utilité Publique (DUP) a été signée par l’Etat en 2008. Depuis, il est en sommeil par manque de financeurs. Il ressort aujourd’hui car c’était une promesse de campagne de Messieurs Hollande et Sarkozy pour les présidentielles puis de Laurent Wauquiez aux régionales de 2015.

 

Où est le scandale d’un point de vue des subventions ?

L’A45 est jugée non rentable, c’est pour cela qu’une subvention d’équilibre est donnée au constructeur et concessionnaire, à savoir Vinci. La subvention d’équilibre pour l’A45 est de 790 millions d’euros. La moitié est prise en charge par l’Etat et l’autre moitié partagée par les différentes collectivités locales consentantes.

 

Ce n’est pas comme cela que cela se passe en général ?

Avant, ce n’était pas la subvention d’équilibre qui prévalait mais l’adossement : Vinci utilisait les péages très rentables tels que l’A7 pour éponger les investissements et les éventuelles pertes des nouveaux projets. L’Etat prévoit d’accorder à Vinci une concession autoroutière de 55 ans pour l’A45. Avec l’ancien système, il aurait pu se servir de ce « cadeau » pour exiger la prise en charge financière entière du nouveau projet.

 

N’y a t-il pas moyen de moderniser l’A47 existante plutôt que de la doubler ?

C’est ce que nous demandons parmi plusieurs alternatives. L’A45 faisant doublon avec l’A47, il serait plus logique de moderniser l’A47, qui est effectivement vieillissante : Il n’y a pas de bande d’arrêt d’urgence sur une bonne partie du parcours, les bretelles d’insertion sont très courtes… Le Conseil régional a balayé cette option après avoir commandé au printemps 2016 une étude en urgence, qui chiffre sa modernisation à 900 millions d’euros ! Par contre, elle s’est bien gardée de réévaluer le coût de l’A45… Cette étude n’est pas sérieuse : 24 pages pour un projet qui se chiffre en milliard, c’est un peu léger. En 2006, l’étude commandée par le département du Rhône et la DDE3 de la Loire chiffrait cette modernisation à 300 millions d’euros. Une partie de l’argent public économisé pourrait permettre également de moderniser la voie ferrée entre Lyon et St Etienne, d’améliorer le cadencement des trains et la desserte des gares existantes.

 

Qu’en est-il du Contournement Ouest Lyonnais (COL) ?

Forcément l’arrivée de l’A45 relancerait fortement le Contournement Ouest Lyonnais (COL). Par contre, s’ils comptent sur le COL pour désengorger l’A450 (qui relie Brignais à Pierre-Bénite, ndlr), ils se trompent ! Pour le COL, ils n’en sont qu’au périmètre d’étude datant de juin 2000. Pour avancer, ils vont devoir définir la bande des 1000 mètres, puis la bande des 300 m, puis réaliser une enquête publique avant que l’Etat décide de déclarer d’utilité publique (ou non) ce projet. Le COL, ce n’est donc pas avant 10 ou 12 ans, dans le meilleur des cas. Dans le cas de l’A45, on est plutôt sur une ouverture dans les 4 ans.

Le Grand Lyon, qui a peur de l’engorgement de l’A450, s’agite pour faire rattacher l’A45 à l’A7, à l’A6 et à l’A89. M. Wauquiez dit qu’il va pouvoir faire modifier le tracé mais ce n’est pas possible. La DUP a été donnée pour le raccordement de l’A45 à l’A450, et c’est tout. En cas de modification, il faut un nouveau projet.

 

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